Pieze du mois

El Casco : agrafeuse M-15 et perforateur M-200

En mai, nous vous présentons ce fantastique ensemble : une agrafeuse et un perforateur, version luxe, fabriqués par El Casco. Ces deux objets ont été donnés par l?entrepreneur d?Eibar Mikel Izagirre dans leur étui, un coffret en carton dont l?intérieur est revêtu de velours noir.

casco

L?agrafeuse El Casco est fabriquée depuis 1935 et est actuellement considérée comme un classique par les designers. Comme notre pièce du mois, elle peut encore être achetée actuellement dans sa version luxe, en plaqué or de 23,4 carats.

La base de l?agrafeuse de bureau est allongée. A son extrémité, un dispositif avec un bouton permet d?activer le mécanisme. Sur le bras, un système de pression pratique, par ressort, permet de faire sortir les agrafes les unes après les autres. La base sur laquelle se referme l?agrafe une fois expulsée dispose d?un sélecteur qui permet de choisir le type de fermeture.

Dans le cas du perforateur, on distingue comme principales caractéristiques sa forme et son efficacité. En appuyant sur le levier contre la base, il est capable de perforer n?importe quel type de papier. De plus, sa forme arrondie facilite le contact avec la main. La base en revanche est rectangulaire, droite devant, arrondie à l?arrière, suivant la forme du levier.

Compte tenu des origines de l?entreprise El Casco, qui fabriquait des armes, les pièces et les mécanismes sont très précis. Ses objets sont fabriqués en acier, avec une grande minutie et une excellente finition ; ils sont précis, solides et résistants. Le processus de fabrication mécanique comporte l?alésage, le fraisage, la rectification et le tournage, puis plus tard le brunissage (polissage à la main au moins 6 fois) et un bain de cuivre, de nickel et de chrome. Ces objets sont en outre entièrement démontables, puisqu?aucune soudure n?est utilisée dans le montage des pièces. Ils sont faits pour durer toute la vie et leur grande qualité garantit leur fonctionnement.

L?entreprise fut créée par deux anciens employés d?Orbea, Juan Solozabal Mendive et Juan Olave Bilbao, le 7 septembre 1920. Tirant profit de leurs connaissances en armurerie, ils commencèrent à fabriquer des révolvers haut de gamme et, comme nous l?avons mentionné, c?est en 1935 qu?ils abordèrent les articles de bureau, précisément l?agrafeuse M-5 et le numéroteur M-500. Suite au succès obtenu, ils décidèrent bientôt de diversifier la production en ajoutant des taille-crayons, des perforateurs, etc. en privilégiant toujours la grande fiabilité mécanique. Selon leurs créateurs, « une agrafe devrait glisser dans l?agrafeuse avec la même précision qu?une balle dans le canon d?un révolver ».

L?entreprise fut entièrement détruite par les bombardements de la Guerre Civile et reconstruite en 1940 dans la rue Blas Etxeberria. Depuis et jusque dans les années 1970, ils ont été leaders du marché. Actuellement, ils exportent encore dans plus de 40 pays, leurs principaux clients étant surtout des papeteries de luxe. Depuis 2010, l?entreprise est installée à Elgeta (Pays basque), où, tout en améliorant ses processus de fabrication, elle est restée fidèle à la fiabilité mécanique et esthétique.

Carabine de luxe d?Ignacio Ibarzabal

Nous abordons le printemps avec une pièce de luxe et la dernière acquisition du musée : une carabine d?excellente fabrication de l?atelier Ignacio Ibarzábal, qui nous arrive de Saragosse.

Ibarzabal1

Ignacio Ibarzábal Iriondo, fils de Gabriel Benito Ibarzábal y Pagoegui, fut l?un des armuriers les plus renommés du XIXe siècle, héritier de l?atelier de son père à la mort de ce dernier, en 1852, dans d?étranges circonstances. Il fut éduqué en Angleterre et il semble qu?il fut l?introducteur du système de filetage Whitworth dans notre pays. Il souscrivit plusieurs contrats auprès des institutions de l?époque et fut notamment chargé de fabriquer un modèle de carabine à canon lisse pour les cantonniers. À la fin des années 1860, il reçut de la province de Guipúzcoa la commande de convertir les armes réglementaires à l?amorçage Berdan modèle 1867, un contrat qu?il co-souscrivit avec la manufacture Orbea Hermanos.

Si nous nous en tenons à la documentation de l?époque, Ignacio Ibarzábal possédait l?un des quatre ateliers qui avaient le rang de manufacture ou usine à Eibar, aux côtés de Orbea Hermanos, Zuloaga et Larrañaga, un statut qu?il maintint jusqu?au début de la Seconde Guerre Carliste.

Il est assez difficile de comprendre le déclin d?un des armuriers les plus respectés de l?époque mais il semble qu?après la révolution de 1868, l?armurier d?Eibar prit la tête du bataillon de Volontaires pour la Liberté et qu?il dut abandonner la ville occupée par les carlistes en 1873. Il revint malgré tout en 1876 avec les honneurs du vainqueur et occupa des fonctions politiques, comme celle de Député des Cortes espagnoles, ce qui nous amène à supposer qu?il ne centra plus ses activités sur l?usine. En plus, il fut l?un des initiateurs du Banc Officiel d?Épreuves d?Eibar.

Entre 1880 et 1890, on sait qu?il payait une taxe sur une chute d?eau où plusieurs armuriers travaillaient à son compte, et sur un atelier d?armes avec 1 ou 2 ouvriers. Malgré la rareté de la main d?½uvre, il existe plusieurs brevets à son nom, en rapport surtout avec le révolver modèle PUPPY. Bien que nous sachions qu?en 1884, Ibarzábal fabriquait des révolvers de type Bull-Dog, sa production d?armes se concentra surtout sur le modèle PUPPY, commercialisé sous le nom PUPPIY. De toute façon, il est possible aussi que ces révolvers aient été produits par l?atelier de José Cruz Echeverría, qui travaillait pour Ignacio, et que celui-ci se soit consacré exclusivement à la manufacture de carabines en petites séries, et à la commercialisation de produits de diverses fabriques. Ignacio Ibarzábal mourut sans descendance le 14 février 1891.

Concernant la carabine qui nous occupe, en raison de la qualité de la fabrication, nettement supérieure à l?habituelle et à l?infinité de détails qui y sont gravés, nous pourrions affirmer que c?est une arme qui a été fabriquée sur commande. De plus, n?ayant pas souffert ni de l?usage ni de l?humidité, on apprécie d?autant mieux la beauté de cette arme à chargement par la bouche. L?ensemble comporte les pièces suivantes : ? Étui en bois de chêne verni, revêtu à l?intérieur de velours rouge, avec des compartiments moulés pour les différentes pièces. ? Canon « finement damasquiné » ou « canon damas », réalisé en fer doux et en acier, qui laisse entrevoir un aspect filigrané élégant. Le lavage à l?eau acidulée permet de mieux apprécier le dessin du damasquinage. Sur le canon, on distingue l?expression : Eibar Anno 1858. Fbca. De Ybarzabal ? L?étui de la carabine incorpore des détails floraux dorés et plusieurs animaux argentés en rapport avec la chasse. On ne distingue aucun écusson ni inscription qui permettrait d?identifier le commanditaire. ? L?ensemble incorpore par ailleurs 13 pièces pour le nettoyage et l?entretien de la carabine. Entre autres : 2 cheminées de rechange, une burette d?huile, un récipient pour couler le plomb, des clés, une baguette de nettoyage, un doseur de poudre et une pince pour couper les plombs.

L?arme peut d?ores et déjà être admirée dans l?exposition permanente d?armes, mais nous tenons à souligner l?importance de cette pièce que nous pouvons considérer comme un des joyaux de l?armurerie d?Eibar. Et pour le célébrer, l?entrée au musée sera gratuite du 19 au 22 avril. Ne laissez pas passer cette opportunité !

Bicyclette GAC de femme

À l?occasion de la célébration de la journée de la femme, le 8 mars, nous avons choisi comme pièce du mois une bicyclette GAC, de femme, du milieu du XXe siècle.

GAC

Il faut rappeler que la fabrication de vélos et le cyclisme sont très enracinés dans l?histoire d?Eibar et l?origine se trouve, on s?en doute, dans l?industrie armurière. Après la crise de l?armurerie au début du XXe siècle, de nombreux fabricants décident d?adapter leurs anciennes machines aux nouvelles nécessités. Dans ce secteur, on distingue de grandes entreprises comme GAC, Orbea et BH, sans oublier d?autres ateliers plus modestes mais qui réalisèrent un travail important : Nicolas Arregui, Zeus, Cil, Gamma, Abelux et Echasa-Fenix.

L?âge d?or du cyclisme à Eibar se situe entre les années 1952 et 1974, pendant lesquelles se distinguèrent des cyclistes notables comme Cándido Arrizabalaga surnommé « Apotxiano », José Mardaras Nazabal, Andrés Arriaga dit « Basarri » et Félix Gojenola. Mais ici, nous tenons à souligner le nom de María Magunacelaya, une des meilleures femmes cyclistes de l?époque, qui remporta d?ailleurs plusieurs courses.

María naquit à Ermua en 1904. On lui donna le surnom de Maoma, comme son père. Très jeune, elle commença à travailler à la fabrication de cartouches, avec son père, et apprit aussi à monter à bicyclette, vers 1925, quand elle prenait la GAC de son frère. Comme à cette époque très peu de femmes montaient à bicyclette, elle eut à subir les insultes de ses contemporains. Quand la Guerre Civile se termina, elle troqua le vélo contre la moto ; il était très habituel de la voir avec sa Lambretta. Cette femme extraordinaire est décédée en l?an 2000 et ses cendres ont été éparpillées à Arrate. En dehors de leur facette de cycliste, les femmes ont aussi joué un rôle très important dans la fabrication de bicyclettes où elles étaient monteuses, fileteuses (peignant et apportant les dernières touches au vélo) et empaqueteuses. Selon le recensement du milieu du XXe siècle, 6% des travailleurs étaient des femmes, un pourcentage qui pourtant devait être supérieur en réalité. Les différences entre femmes et hommes étaient importantes, surtout en matière de salaires, droits, congés et catégorie professionnelle.

Il faut par ailleurs mentionner que l?entreprise GAC fut pionnière dans l?embauche de femmes dans ses ateliers, aux environs de 1925. Fondée par la famille Gárate en 1892, elle se consacra à ses débuts à la fabrication d?armes, notamment de pistolets automatiques et de révolvers à barillet oscillant, mais aussi de rifles et de carabines. En 1897, sa dénomination d?atelier, avec 32 ouvriers, passa à celle de fabrique. Après la première Guerre Mondiale, ils furent obligés de se réinventer et de se diversifier et commencèrent ainsi en 1927 à fabriquer des bicyclettes. Pour cela, il leur suffisait de reconvertir les machines qu?ils utilisaient pour fabriquer les canons des armes. En 1930, ils abandonnèrent complètement la fabrication d?armes pour se concentrer uniquement sur les vélos.

La bicyclette que nous avons choisie comme pièce du mois présente le cadre caractéristique des vélos de femme, elle est de couleur grenat avec de fines rayures blanches sur le cadre et les garde-boues. On observe l?écusson de la GAC sur la barre verticale sous la selle et la plaque d?identification de l?entreprise sur la barre verticale sous le guidon. Une autre des caractéristiques des vélos de femme de cette époque est le « pare-jupe », un accessoire placé sur la roue arrière pour empêcher que les jupes et les robes ne se prennent dans la roue.

Manuels, statuts et mémoires d?Alfa

La pièce du mois de février est plus qu?une pièce, c?est un ensemble de registres d?Alfa.

Memorias de Alfa

Grâce à eux, nous savons quelles étaient les conditions de travail de ses travailleurs, leurs droits, privilèges et obligations entre 1940 et 1960. Mais commençons par le commencement. Comment et pourquoi est née Alfa ? Voici une histoire résumée de l?une des plus grandes entreprises d?Eibar.

En 1920, un groupe d?ouvrier armuriers se réunit pour former une coopérative, la Sociedad Anónima Cooperativa de Producción de Armas de Fuego Alfa (société anonyme coopérative de production d?armes à feu Alfa), avec un capital de 300.000 pesetas. Leur premier atelier fut situé dans la rue Vista Alegre, où ils fabriquèrent dans un premier temps des révolvers de type Smith & Wesson, dénommés « esmitzak », mais les circonstances de la fin de la première Guerre Mondiale les obligèrent à prendre la décision de fabriquer et de vendre des machines à coudre. Ce pari pour les machines à coudre ne fut pas un simple caprice : leur fabrication était en effet compatible avec le type de machines qu?ils possédaient déjà et avec la formation des travailleurs. Pour lors, Alfa avait déjà transféré ses installations au Paseo San Andrés.

En 1927, ils fabriquèrent 1.750 machines ; en 1935, ils en étaient à 12.000, devenant ainsi des pionniers dans toute l?Espagne. Entre travailleurs et livreurs, Alfa fit vivre plus de 1.000 familles.

En 1946, ils commencèrent à exporter et dans les années 1960, ils avaient déjà leur propre réseau commercial : succursales de vente, représentants et agences dans toutes les capitales. L?entreprise exportait dans plus de 70 pays, surtout en Angleterre, en France et au Mexique, où ils avaient aussi une usine. Elle n?était pas seulement la plus grande usine d?Eibar, c?était aussi la plus renommée. D?ailleurs, les travailleurs d?Alfa semblaient jouir d?un statut différent et privilégié. Durant des décennies, ils n?oublièrent pas la mission et la raison d?être qui avaient présidé à la création de l?entreprise comme coopérative destinée à prêter un service à la société. Comme on peut le constater sur les registres, les travailleurs d?Alfa bénéficiaient de beaucoup plus d?avantages que dans toute autre entreprise, et entre autres, aides financières pour la retraite ou en cas de maladie, aides aux veuves et pour l?achat de médicaments? Des logements furent aussi construits spécifiquement pour eux, ainsi que des écoles, avec des colonies de vacances organisées pour leurs enfants ; l?entreprise créa des cantines, des économats et des bibliothèques pour les ouvriers et le personnel des bureaux.

Parmi quelques curiosités que nous avons découvertes en lisant ces documents, nous relevons en particulier celles-ci : ? Les normes qui établissent les règles à suivre par les assurés en cas de congé maladie. ? Dans la liste des médecins spécialistes, il est spécifié que la Dermatologie est le service qui traite les maladies de la peau ; le service d?Endocrinologie est dénommé « Nutrition et Sécrétions Internes ». Il existait aussi une consultation de pédiatrie pour les enfants des salariés sur l?avenue du Generalísimo. ? En cas de congé maladie, les travailleurs avaient le droit de toucher au maximum 37% de leur salaire pendant 6 mois, mais aux conditions suivantes : « Ne pas entrer dans des établissements publics et plus spécifiquement dans ceux de restauration et boissons » et « Être rentrés à leur domicile avant 21 h en été et au plus tard 18 h en hiver ». ? Le travailleur d?Alfa, ou sa femme, recevait une aide financière de 500 pesetas (3 euros) lorsqu?il se mariait et à la naissance de chaque enfant. Les veufs/veuves et orphelins recevaient une aide maximum de 1.000 pesetas (6 euros), plus la pension mensuelle, qui dépendait du nombre d?enfants (pour 5 enfants ou plus, 90% du salaire). ? Le travailleur qui prenait sa retraite après 20 ans de service avait droit à une pension maximum de 70% de son salaire ; s?il arrivait à 35 ans, il pouvait toucher 85 %. ? La bibliothèque était ouverte de 6 h 30 à 19 h 30. Pour chaque livre emprunté, l?usager devait verser 0,50 pesetas (0,003 euros) ; s?il perdait le justificatif du prêt, l?amende s?élevait à 2 pesetas (0,012 euros). Le travailleur pouvait emprunter un livre pour le plaisir et un autre en rapport avec le travail, mais jamais 2 livres pour le plaisir. Vous pouvez consulter les documents ici Ne perdez pas l?opportunité de découvrir en exclusivité cette petite collection de manuels et de statuts du musée.

Étui à cigarettes damasquiné, de Pablo Sarasua

Le 18 janvier, le Musée de l?Industrie Armurière fêtera ses 11 ans et a déjà reçu un merveilleux cadeau : un étui à cigarette damasquiné par Pablo Sarasua.

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L?incrustation de métaux précieux sur du fer ou de l?acier est une technique surtout attribuée aux Arabes du Moyen-Orient. Il semble néanmoins que les Grecs et les Romains aient aussi été familiarisés avec ce type de gravure.

Pour ce qui est du Pays basque, nous savons que déjà au XVIIe siècle, on gravait aussi bien les armes à feu que les armes blanches, en se servant surtout des techniques d?ataujía (proche du damasquinage) et de niellage. Deux procédés voisins du damasquinage développé par Eusebio Zuloaga à Eibar. Pour incruster le fil d?or dans l?acier, Eusebio Zuloaga préparait la surface en dessinant de fins sillons rhomboïdaux avec un poinçon. Grâce à ce système, la surface devenait rugueuse et le fil d?or était appliqué en suivant des sillons quasiment microscopiques, créant des dessins très élaborés. Ce procédé de damasquinage fut amélioré par son fils Plácido. Celui-ci se rendit compte en effet qu?en regardant à la loupe, les sillons réalisés au poinçon étaient irréguliers. Il eut alors l?idée de les pratiquer au couteau, parvenant ainsi à obtenir un travail plus rapide, plus précis et plus régulier. Cette nouvelle pratique facilita l?utilisation du damasquinage pour la décoration d?objets plus variés, comme l?étui à cigarettes que nous avons ici, et pas seulement pour les armes.

L?étui à cigarettes a été damasquiné par Pablo Sarasua (Eibar 1885-1969). Marié à Gregoria Gisasola, Sarasua fut l?un des meilleurs damasquineurs d?Eibar, reconnu surtout pour sa maîtrise des ombres et du relief. Ce qui n?était pas étonnant puisqu?il avait hérité le métier et l?habilité de son père Donato. Celui-ci avait été élève de Plácido Zuloaga et avait ouvert son propre atelier au nº 16 de la rue Errebal en 1857. Il n?avait que 27 ans quand la reine María Cristina lui décerna la Croix de Chevalier de l?Ordre d?Isabelle pour ses mérites en tant que graveur. Le travail de Pablo fut également reconnu mondialement lorsque le pape Pie XI le reçut en audience privée.

La technique des ombres est d?une importance capitale dans le damasquinage, car c?est elle qui donne vie aux images, et sur cet étui, on apprécie parfaitement le dessin des ombres dans les images allégoriques.

Ce petit trésor est un don de Joseba Sarasua Gisasola de décembre 2017, mais ce n?est pas la seule pièce qui ait été donnée par la famille, puisque la pièce du mois de mars était une amphore elle aussi damasquinée par Pablo, qui appartenait également à la famille. Prenez la peine de visiter le musée et d?admirer de plus près ces ½uvres d?art réalisées à Eibar !

Ustensiles de cuisine de l?entreprise Industrias Albizuri

Albizuri

Comme nous approchons des fêtes de Noël et que nous allons passer de nombreuses heures à la cuisine, nous avons choisi comme pièce du mois une sélection d?ustensiles de cuisine fabriqués par Industrias Albizuri.

L?entreprise Industrias Albizuri fut fondée par les frères Ángel et José Albizuri en 1945. Au début, elle avait pour activité l?usinage de pièces pour l?industrie automobile mais se tourna très vite vers la fabrication de moules et de matrices, d?articles de quincaillerie et de boucles et de mousquetons pour ceintures de sécurité.

Ils s?installèrent dans un premier temps dans un local au rez-de-chaussée de la rue Víctor Sarasqueta (autrefois rue Grabadores), près de leur domicile. À la fin des années 1950, ils transférèrent l?affaire dans la zone de Legarre, où ils restèrent jusqu?à l?arrêt de l?activité en 1995, après avoir exporté dans des pays d?Amérique du Sud et d?Europe.

Ils se centrèrent surtout sur la production de poinçons et de mousquetons, alors que la fabrication d?ustensiles de cuisine fut plutôt secondaire, mais il nous a semblé intéressant de montrer au public cette sélection de pièces, car elles font partie de l?histoire industrielle et patrimoniale d?Eibar. Sur les dizaines de pièces que nous avions, nous avons choisi quatre à manche en bois de couleur rouge et en acier inoxydable : un couteau économe, un couteau vide-pomme et deux aiguiseurs de couteaux (un grand et un autre plus petit). Nous avons aussi sélectionné quelques curiosités comme le casse-noix et l?ouvre-boîte multi-usages « pour les excursions », tous deux en acier inoxydable. Nous y avons ajouté une liste de prix de Industrias Albizuri et une carte de visite.

S?il fait froid dehors, venez voir ces pièces du musée !

Ces pièces ont été données au Musée de l?Industrie Armurière par Ángel Albizuri Ormaechea en avril 2011.

Selle de bicyclette Orbea

À l?occasion de l?exposition temporaire de bicyclettes fabriquées à Eibar dans les années 1950, nous avons choisi comme pièce du mois d?octobre cette selle en cuir de la marque Orbea.

Zela

La selle est formée d?un corps en fer et de deux ressorts pour assurer un amortissement correct, et sertie de 9 rivets en cuivre. Le logotype du fabricant est visible des deux côtés.

La première selle en cuir pour bicyclette fut fabriquée à Birmingham par JB Brooks & Co. John Boultbee Brooks, qui quitta son village natal dans le Leicestershire avec 20 livres en poche, fonda en 1866 une entreprise pour fabriquer des harnais pour chevaux et des articles en cuir en général. En 1878, il perdit son cheval et ne pouvant le remplacer, il demanda qu?on lui prête un vélo pour aller travailler. Le siège lui parut si inconfortable qu?il s?engagea à trouver une solution, déposant le 28 octobre 1882 le brevet de sa première selle en cuir. Ce nouveau produit fut un succès dans toute l?Europe.

Dès 1927, JB Brooks & Co. lance le modèle B66CH « Champion », la selle la plus populaire de l?époque, très similaire à cette selle d?Orbea, avec deux ressorts et des rivets en cuivre. C?est à peu près à cette époque qu?Orbea Hermanos y Cía abandonne l?activité armurière pour entrer dans le secteur de la bicyclette. Mais quelles furent les origines d?Orbea ?

La première graine fut plantée à Eibar au milieu du XIXe par les frères Juan Manuel, Mateo et Casimiro. L?arme de poing était son produit phare et le gouvernement, son principal client. La manufacture Orbea est en outre pionnière dans l?installation d?énergie électrique. Au XXe siècle, après l?époque dorée de l?armurerie à Eibar avec la vente d?armes aux alliés durant la première Guerre Mondiale, la demande chute et l?exportation d?armes se réduit, obligeant l?entreprise à envisager de nouveaux produits en tirant profit de sa maîtrise du tube. Dans les années 1940, Orbea employait déjà 1.000 personnes et produisait 50.000 bicyclettes par an.

Durant les années 1930 et 1940, les selles, avec les pneus et les jantes en bois, étaient des pièces fabriquées par des entreprises externes, qui étaient les responsables finales du résultat. Mais dans les années 1960, tout, sauf les pneus, est désormais fabriqué dans les installations d?Orbea. À titre de curiosité, les selles de ce type, qu?on voit déjà sur des photographies et dans des catalogues de bicyclettes Orbea des années 1940 et 1950, requièrent environ 800 km de « rodage », mais à partir de là, elles peuvent être incroyablement confortables...

Don de : Carlos Narbaiza

Patins NAI

La pièce que nous avons sélectionnée pour juillet est un moyen de transport alternatif : les patins de la marque NAI.

Patinak

Le premier type de patins fabriqué fut celui à lame, inventé dans les pays nordiques pour se déplacer sur la glace. Certaines sources indiquent qu?ils étaient déjà utilisés dans l?Antiquité mais qu?ils ne se présentèrent sous leur aspect actuel qu?au XIXe siècle (au début, la lame était en os et les patins étaient très inconfortables). En revanche, les patins à roulettes furent créés au XVIIIe siècle. Il faut savoir qu?au début, ils consistaient en une plateforme attachée aux chaussures par des sangles. Les patins avec bottine incorporée ne furent inventés qu?au siècle dernier, mais avant, il y avait eu beaucoup de modèles (et probablement aussi beaucoup de blessures).

La pièce que nous avons entre les mains est définitivement une paire de patins à glace, concrètement du type artistique (il existe deux modalités : ceux pour le hockey et ceux de vitesse). La lame est en une seule pièce, en acier trempé, avec sept dents à l?avant dénommées aussi griffes. Bien que sur les patins à roulettes, ce soit l?emplacement du frein, il n?est pas conseillé dans le patinage artistique d?utiliser les dents à cette fin et elles sont habituellement employées pour la réalisation de figures telles que sauts ou pas piqués. La partie supérieure des patins se compose de bottines hautes blanches, avec les lacets originaux. En observant bien, on remarque que dans la partie la plus haute, les lacets sont attachés avec des crochets, pour donner une liberté de mouvement au pied tout en le maintenant parfaitement. Les bottes sont en cuir rigide, afin d?éviter les foulures de cheville. Mentionnons ici que la lame est tenue à la botte au moyen de vis.

À titre de curiosité, nous avons observé sous la botte l?inscription ANOETA, peut-être parce que c?est là que se trouve la seule patinoire de Guipúzcoa et que ces patins furent utilisés à cet endroit, mais ce n?est qu?une hypothèse.

La lame porte aussi une gravure qui nous permet de savoir que la pièce a été produite par l?entreprise NAI d?Eibar, l?atelier créé par Carlos Narbaiza dans les années 1950. Dans cette entreprise qui connut divers emplacements à Eibar, on produisit de tout : patins, skates, petites pièces pour l?automobile?

Mais Carlos Narbaiza fit plus que cela. Lorsqu?il partit à la retraite, il commença à rassembler diverses pièces produites à Eibar pour créer une collection très intéressante. Bicyclettes, machines à laver, pièces et outils de toutes dimensions, damasquinages, etc. un fourre-tout de près de 2000 pièces. À sa mort, la famille a fait don de la collection à la municipalité. Actuellement, le musée procède au catalogage des pièces. En sélectionnant cette pièce, nous avons voulu mettre en valeur l?entreprise NAI et le travail réalisé par toutes les autres entreprises représentées dans la collection (Super-Ego, Abelux, Alfa, etc.) et en profiter en même temps pour remercier encore une fois Carlos Narbaiza pour sa contribution inestimable à la conservation de la mémoire industrielle d?Eibar.

Machine à écrire Amaya

La pièce que nous avons sélectionnée pour le mois de juin s?adresse aux plus nostalgiques : une machine à écrire Amaya.

Amaya

Au XIXe siècle, le travail de bureau était déjà courant mais tous les documents étaient écrits à la main, ce qui représentait un énorme travail. Il y eut à cette époque plusieurs tentatives pour développer un procédé d?écriture automatique, mais il fallut attendre les années 1870 pour voir les premières machines à écrire dans le commerce. La première entreprise à le faire fut la célèbre marque américaine Remington.

Vers 1920, les machines à écrire avaient surmonté les difficultés initiales et atteignirent un design standard. Malgré quelques différences d?un modèle à un autre, toutes les machines utilisaient plus ou moins le même mécanisme : chaque touche était reliée à une barre au bout de laquelle il y avait un caractère en relief. En appuyant sur la touche, la barre venait frapper un ruban imbibé d?encre déployé face à un cylindre qui retenait le papier et se déplaçait en avant et en arrière. Ainsi, les caractères étaient reproduits sur le papier.

En Espagne, les machines à écrire firent leur apparition dans les années 1920 et atteignirent leur apogée dans les années 1970. Bien que la marque la plus connue fût Hispano-Olivetti, quelques machines furent aussi fabriquées à Eibar : par exemple, l?entreprise Imperial Española S.A. située dans la rue Bilbao produisit le modèle Patria, lancé en 1947. Ce modèle, inspiré d?une autre machine suisse, prit ensuite le nom d?Amaya. Et voilà l?histoire de la pièce du mois.

Cette pièce concrète, en très bon état, arriva au musée en 2009 grâce à un don de Mateo Guilabert Lopetegi. Comme elle est portable, elle se présente avec sa mallette en plastique dotée d?une anse pour le transport. La machine est en métal et en plastique, de couleur grise avec des détails bleus. À l?avant, nous pouvons voir le nom de la marque, avec ses deux ailes de chaque côté. Le clavier se compose de chiffres, de lettres et de symboles. À titre de curiosité, on observe sur la partie gauche du clavier un levier qui servait à choisir la couleur de l?encre (bleue ou rouge). Grâce à un brevet déposé en 1960, nous savons que ce levier fut inventé par Pedro de Arieta-Arunabeña y Ruiz et qu?Imperial Española S.A. en eut la licence d?utilisation pendant au moins 20 ans. Avant cette invention, il semble que le levier pour le changement de couleur était situé tout près du segment, ce qui compliquait son utilisation. Grâce à la nouvelle position du levier, le changement de couleur devint plus rapide et plus simple. D?autre part, cette information nous permet d?affirmer que la pièce que nous avons entre les mains date des années 1960 ou 1970 et qu?il ne s?agit donc pas du premier modèle Amaya produit par l?entreprise.

Dans notre monde actuel où dominent les ordinateurs, il n?y a pas de mal à faire de temps en temps un petit retour en arrière pour se rappeler comment on travaillait il n?y a pas si longtemps.

Carabine La Paloma mod. PR gravée par Mateo Careaga.

Carabine La Paloma mod. PR gravée par Mateo Careaga, présentée à l?exposition universelle de Paris de 1937.

Eskopeta

Le musée a préparé un agenda très complet pour le mois de mai. Parmi les activités que nous allons réaliser, il y a notamment l?exposition de ce samedi 6 mai, « Gernika. Le cri de douleur ».

Comme on le sait, une grande peinture murale de Picasso accapara toute l?attention dans le Pavillon de l?Espagne lors de l?Exposition Internationale des Arts et des Techniques qui se tint en 1937 à Paris : le Guernica, un tableau que l?auteur créa sous le coup de l?émotion des événements survenus le 26 avril dans la localité du même nom et qui deviendrait un symbole de l?antimilitarisme.

Bien qu?ils passèrent plus inaperçus, des armuriers et graveurs d?Eibar se rendirent aussi à cette exposition, dans l?objectif de présenter leurs travaux et de partager avec le monde le savoir-faire de leur ville. L?exposition que nous avons préparée est un hommage à tous ces artistes, tout comme la pièce que nous avons sélectionnée pour ce mois, qui fut aussi présente dans cette exposition parisienne : la carabine La Paloma mod. PR gravée par Mateo Careaga.

Cette carabine de chasse fut fabriquée en 1928 par la firme Viuda e hijos de Juan José Sarasqueta. Juan José Sarasqueta commença à travailler comme armurier avec son frère Victor Sarasqueta en 1887. Au fil du temps néanmoins, chacun suivit son propre chemin et en 1904, Juan José déposa la marque La Paloma pour distinguer ses carabines. À sa mort, l?entreprise prit le nom de Viuda e hijos de Juan José Sarasqueta (littéralement, veuve et fils de Juan José Sarasqueta) et développa ses activités de 1920 jusqu?à 1975.

Du point de vue technique, nous pouvons dire que nous sommes devant une arme à chargement par la culasse, à un seul coup, de calibre 12 mm et à percussion centrale. Le chargement est manuel et l?ouverture basculante. Les percuteurs comme la sécurité de la gâchette sont intégrés dans la bascule. Si nous regardons bien, nous observons que l?arme est à double détente : la première actionne le canon droit et la deuxième, le canon gauche. La décoration aussi est très importante sur cette pièce. Celle-ci est ornée en effet de jolis bas-reliefs réalisés par le graveur Mateo Careaga. Sur la bascule, on peut voir trois scènes traditionnelles de chasse et divers motifs floraux ciselés en relief. Quant à l?auteur, Mateo Carega était issu d?une famille de graveurs d?Eibar et réalisa des ½uvres d?une grande valeur historique comme les monnaies du Conseil des Asturies et du Léon, de l?an 1937. Il est également connu pour avoir été chargé de hisser le drapeau républicain pour la première fois lors de la proclamation de la Seconde République à Eibar, le 14 avril 1931, un honneur qui lui revint pour être le plus jeune conseiller du conseil municipal (il était militant d?Action Républicaine).

En dehors de l?exposition de 1937, cette carabine fut aussi présentée au roi Alphonse XIII lors d?une visite que le monarque réalisa à l?usine Astra, Unceta y Cia. en 1928. Par conséquent, il est clair que cette arme possède un parcours historique intéressant et qu?elle constitue un grand exemple de la qualité et de la valeur des ½uvres réalisées par les armuriers d?Eibar.

Il est pour autant difficile de croire que la carabine fut perdue après l?exposition de Paris et qu?on ignora où elle se trouva jusqu?à ce que la bascule apparaisse dans un atelier de réparation d?Eibar, dans les années 1950. Stupéfaits de la qualité de la gravure, les ouvriers contactèrent le damasquineur Pablo Sarasua, comme par hasard l?oncle de Mateo. Comme il lui manquait le canon et la culasse, il fallut la reconstruire, mais elle revenait enfin aux mains des Careaga. Ainsi, 30 ans après sa création, Mateo ajouta les détails décoratifs du canon.

Vélo d?appartement B.H.

L?objet que nous avons sélectionné pour le mois d?avril est un vélo, mais pas n?importe lequel : nous nous trouvons devant le premier vélo d?appartement produit par la célèbre marque B.H.

Estatikoa

Les lettres du sigle B.H. sont l?acronyme de Beistegui Hermanos. Cette entreprise créée à Eibar par trois frères (Domingo, Juan et Cosme) en 1909 produisait à l?origine des armes. Mais à cause de la crise que provoqua la fin de la Première Guerre Mondiale dans l?industrie de l?armement, elle se tourna vers la fabrication de bicyclettes en 1923. Peu de temps après, elle avait déjà une équipe cycliste et organisait des courses. En 1959, voyant qu?il n?y avait pas d?espaces industriels adéquats pour continuer son expansion, l?entreprise s?installa à Vitoria. Elle fut l?une des premières grandes entreprises à quitter Eibar, premier signe d?un exode qui s?accentuerait dans les années 1970. La marque a conservé sa notoriété aujourd?hui, notamment pour être le premier fabricant européen de VTT (ou mountain bikes) et pour son expansion internationale. Il est intéressant de noter que l?usine de production de Vitoria est fermée depuis 2012 et qu?actuellement, tous les vélos de la firme sont produits au Portugal et en Chine.

Pour revenir à notre vélo d?appartement, ce modèle fonctionne au moyen d?un frein mécanique. Il ne possède qu?une roue avant, à laquelle sont connectés la chaîne et le frein. La force de friction du frein permet de ne pas pédaler dans le vide et de créer une résistance qui peut être réglée avec le bouton situé au centre du guidon. On peut ainsi opter pour un pédalage léger ou plus dur. Concernant son aspect, le vélo a une couleur vert clair avec une selle en cuir rouge à ressorts et un guidon en métal. Le protège-chaîne porte le nom de la marque et le dessin d?une gazelle. La « B.H. Gacela » fut l?une des créations de la marque qui en produisit plusieurs modèles, notamment dans les années 1960 et 1970. Quant au cadre, il porte deux autocollants qui, en plus du logo de l?entreprise (un cycliste en rouge), nous donnent plein d?informations sur la bicyclette en espagnol et en anglais. Par exemple, le numéro de brevet et l?année et le lieu de fabrication : Vitoria 1959. Grâce à cette information, nous savons que ce fut le premier modèle de vélo d?appartement fabriqué dans la nouvelle usine de Vitoria. De plus, les autocollants précisent aussi que le cadre est produit par électrosoudage, autrement dit, que les pièces sont assemblées entre elles par soudage électrique. Enfin, le vélo possède trois éléments à l?avant qui le rendent encore plus unique : un minuteur manuel d?une capacité de 30 minutes, un compteur de vitesse et un compteur de kilomètres. Comme accessoire, une clé est fournie à l?arrière pour régler la hauteur du guidon, de la selle et la partie arrière du cadre, afin de l?adapter aux caractéristiques de chaque utilisateur. Nous avons là sans aucun doute un bijou du cyclisme, une pièce unique qui nous surprend avec un nouveau détail à chaque fois que nous la regardons.

Amphore damasquinée par Pablo Sarasua

Les amphores sont des récipients utilisés depuis l?époque romaine qui se caractérisent par leur long col et leurs deux anses. Elles ont eu de multiples utilisations au cours de l?histoire mais la plus connue est la conservation du vin ou de l?huile.

Anforatxiki

Ici néanmoins, la taille réduite de notre pièce (33 centimètres de hauteur) et le matériau utilisé pour sa fabrication nous amènent à déduire qu?elle fut élaborée à des fins ornementales. Même si le matériau usuel des amphores est la céramique, celle qui nous occupe est en fer, étant donné que le damasquinage ne peut être réalisé que sur de l?acier ou du fer. Le damasquinage est une technique qui consiste à réaliser des dessins très fins avec des fils d?or ou d?argent. À Eibar, cette technique fut introduite et rénovée au XIXe siècle par Eusebio Zuloaga et se convertit au fil du temps en la plus célèbre et la plus appréciée de la ville, surtout pour la décoration des armes. Quand le fils d?Eusebio, Placido, améliora la technique et introduisit la rayure ou striation (méthode consistant à préparer le métal en le striant dans trois directions), le damasquinage s?étendit à d?autres types d?objets, comme dans le cas de cette pièce. Pablo Sarasua (Eibar 1885-1969) damasquina cette amphore vers 1948. Pablo Sarasua est l?un des grands damasquineurs qu?a connu Eibar. Il s?est particulièrement distingué dans la technique du dessin avec des ombres, qui dote de vie les figures damasquinées et qu?on peut apprécier notamment sur les belles représentations animales de l?amphore. En fin de compte, on ne peut oublier que du point de vue métier et habileté, il avait de qui tenir, puisque son père, Donato Sarasua, fut apprenti de Placido Zuloaga et créateur de l?atelier de damasquinage Sarasua Etxea situé dans la rue du Rabal. Cette pièce fut incorporée au musée en 2014 grâce à Joseba Sarasua (fils de Pablo), qui fit aussi don de divers ustensiles utilisés par son père dans son travail. Cette même année, María Asun Nogues restaura l?amphore pour préserver pour de nombreuses années encore son ancienne splendeur.

Pistolet « Bufalo »

Entre 1916 et 1920, la firme « Beristain y Cía » d?Eibar obtint plusieurs brevets pour des perfectionnements apportés au système du « Browning » 1910.

Bufalo pistola

Ces pistolets furent commercialisés sous la marque BUFALO, avec l?inscription à l?intérieur des numéros de brevets Nº62004 et Nº 67567 et « Model 1920 » sur le pistolet de type « Eibar ». « Beristain y Cía » commanda la fabrication des pistolets « Bufalo » à la firme « Gabilondo y Cía. ».

La production de ces armes débuta en 1920 et l?année suivante, sans doute en prévision d?une action légale potentielle de la « Fabrique Nationale Belge» pour défendre son brevet du Browning 1910, « Beristain y Cia » présenta une demande pour obtenir l?annulation de ce brevet en alléguant qu?il n?avait pas été mis en pratique en Espagne. En 1914, la « Fabrique Nationale » avait présenté un certificat dans lequel elle précisait qu?elle disposait à Barcelone des moyens pour lancer la fabrication du pistolet Browning 1910 mais que celle-ci n?avait pu être mise en ½uvre à cause de la guerre. La force majeure alléguée par les Belges ne put éviter la sentence dictée le 6 juillet 1926 déclarant leur brevet et leur modèle industriel caducs. Peu avant d?obtenir la sentence favorable dans son procès contre la « Fabrique Nationale », « Beristain y Cía » mit fin au contrat de fabrication de ses pistolets « Bufalo ».

Révolver « Velo-Dog »

Ces deux révolvers de poche sont du type Hammerless, pour cartouches à percussion centrale, à double action, avec cadre fermé et queue de détente rétractable, tige d?extraction manuelle avec logement dans l?axe du barillet et âme rayée. Ces pièces portent l?inscription : « Hammerless » et appartiennent au groupe des dénommés « Velo-Dog ».

Velo-Dog errebolberra

Le révolver « Velo-Dog » est une arme qui fut créée par le Belge Charles François Galand dans les années 1890 pour que les cyclistes puissent se défendre des chiens sauvages.

Bien qu?à l?origine il ait été conçu pour une cartouche de 6 mm, il pouvait aussi être chargé avec du poivre ou des plombs pour obtenir un effet plus efficace, ce qui lui permit de dépasser la fonction à laquelle il était destiné pour se convertir en arme de défense personnelle. Des variations préparées pour des cartouches Browning de 6,35 mm et 7,35 mm, Nagant de 7,62 mm ou Lebel de 8mm, furent produites par la suite.

À Eibar, c?est Francisco Arizmendi qui commença la fabrication de ce type d?armes après avoir sollicité en 1904 le brevet d?importation, mais beaucoup d?armuriers basques s?y intéressèrent et demandèrent des brevets pour une infinité de systèmes divers : automatiques, à extraction automatique, à culbuteur, à cylindre oscillant, etc.

La piètre qualité de la plupart de ces révolvers est la cause de leur disgrâce et leur diversité est telle qu?elle décourage tout collectionneur spécialisé dans ce type d?armes, mais cette diversité inclut des exemplaires qui, de par leurs particularités mécaniques, méritent le coup d?½il. Ils concurrencèrent les pistolets automatiques dans le domaine des armes de poche pour la défense personnelle, jusqu?à ce que ces derniers finissent par s?imposer définitivement.

Paire de pistolets « de voyage » fabriqués par Eusebio Zuloaga

Ces deux pistolets « de voyage », à coup simple, à système de chargement par la bouche avec goupilles à chaînette et de dimensions standards, étaient utilisés pour la défense personnelle lors de déplacements risqués. Chaque pistolet possède un canon octogonal à âme lisse et porte en inscription « EUSEBIO ZULOAGA ARCABº DE S. M. EN MADRID AÑO DE 1840 » (Eusebio Zuloaga Arquebusier de sa Majesté, à Madrid, Année 1840). La platine est lisse et reproduit l?inscription du canon. La contre-platine, découpée en forme de silhouette rappelant un aigle aux ailes déployées, est décorée de gravures. La crosse est de style français, de grande taille, avec un fin quadrillage facilitant la prise. Le pontet comporte un crochet en guise d?accessoire d?accrochage supplémentaire et la queue de détente est dotée d?un dispositif pour régler l?intensité du tir.

Ces pièces sont élaborées à Madrid en 1840 par Eusebio Zuloaga, (1808-1898) dernier à arborer le titre d?« Arquebusier de sa Majesté », concédé par la reine Isabel II en 1840. Cet armurier disposa à Madrid d?un atelier et d?un commerce pour répondre aux demandes de la Cour. Cet atelier était très probablement consacré au montage et aux travaux de finition et décoration des armes fabriquées dans son usine d?Eibar, l?une des mieux équipées d?Espagne à la fin des années 1840. Eusebio Zuloaga ferma son atelier de Madrid en 1854 et réorganisa son usine d?Eibar pour y intégrer les travaux de finition. En 1867, il céda la direction de cette usine à son fils Plácido, abandonnant toute activité d?arquebusier.

Pareja de pistolas de viaje

Longueur de l?arme : 380 mm. Longueur du canon : 216 mm. Calibre : 17,2 mm.

Couteau de chasse avec pistolet à percussion

Couteau de chasse avec pistolet à percussion incorporé, élaboré par Felipe Galbasoro à Eibar vers 1850. Le couteau à un seul tranchant strié sur le dessus incorpore dans la partie supérieure la plus proche du manche un petit pistolet à percussion à canon sculpté hélicoïdal et avec une masselotte également striée. Le chien présente aussi une décoration à base de gravures, de même que la platine et la bride. Sur la partie supérieure de la culasse, avant les stries, figure l?inscription : Galbasoro en Eibar. La queue de détente est rétractable pour que la pièce puisse entrer dans l?étui. Le manche est en bois, avec une garniture en laiton se terminant par une petite calotte conique surmontée d?un bouton. La garde est formée d?une croisée en laiton à 2 quillons inversés en forme de spirale et gravés. Le manche porte les inscriptions « nº 5 » et « GALBASORO EN EYBAR ».

 Cuchillo de caza

"Victoria"

Pedro Careaga Garagarza est considéré comme l?un des inventeurs les plus importants de son époque [Calvó (1997) p.151]. Comme conséquence de sa relation avec les fabricants Esperanza y Unceta, ses modèles commencèrent à être produits par ces derniers sous la marque « Victoria » à partir de 1911. Le pistolet Victoria fut probablement la première arme fabriquée avec les caractéristiques du pistolet type Eibar. Esperanza y Unceta fabriqua des pistolets Victoria de calibres 6,35 mm et 7,65 mm, aussi bien dans leur variation « Hammerless » qu?avec marteau percuteur (ou chien) externe. Certains des modèles incorporaient un dispositif qui permettait au tireur de savoir d?un simple coup d?½il si la chambre de l?arme contenait une cartouche.

 Victoria Pistola

Esperanza y Unceta abandonna l?utilisation de la marque Victoria en 1915 en raison d?un conflit de propriété et la remplaça par « Astra » qui fut désormais la marque la plus utilisée pour la commercialisation de ce type de pistolets, avec d?autres comme « Muxi », « Scott », « Brunswig », « Dewaf » ou « Belgium ». Le modèle que possède ce musée dispose d?un chargeur à sept cartouches ; levier de sûreté, sûreté de chargeur et indicateur de charge ; marteau percuteur interne et âme rayée à cinq stries. Il porte en inscription : « Automatic Pistol. Victoria Patent. ».

Pistolet Campo Giro, modèle 1913.

Arme créée par le Lieutenant colonel Venancio López de Ceballos y Aguirre, comte de Campo-Giro, qui la présenta à la commission (dont il faisait lui-même partie) de l?armée espagnole qui avait été formée pour décider quelle serait son arme semi-automatique réglementaire.

Pistola Campo Giro, modelo 1913

Après une étude exhaustive de toutes les armes présentées, le choix se porta sur le modèle de Campo-Giro qui fut chargé de sa fabrication. La première commande n?eut pas de suite mais le pistolet Campo-Giro était déjà connu du grand public et sa production continua pour le marché civil. On en fabriqua 995 exemplaires et il fit partie des pistolets utilisés pendant la Guerre Civile.

Sa conception est assez complexe mais son réglage et ses finitions sont parfaites. Ce pistolet a un canon fixe et son semi-automatisme s?obtient grâce au recul de la culasse (Blow-Back) ; ce système à culasse non verrouillée, dans lequel la chambre commence à s?ouvrir immédiatement après que le tir ait été effectué, accentue la force du ressort de récupération ; un autre petit ressort monté sous le canon aidait en plus à retarder l?ouverture de la chambre. Chargeur pour huit cartouches. Âme rayée.

Pistolet Star modèle 1919. « Sindicalista »

Bonifacio Echeverría fut le premier à s?intéresser au modèle de pistolet « Colt » Md.1911 dont le brevet fut déposé la même année en Espagne par la « Fabrique Nationale Belge ».

Cet armurier d?Eibar demanda en 1919 un brevet d?importation pour une arme ayant les caractéristiques du Colt, même si à aucun moment il n?eut l?intention de le copier avec exactitude, qu?il décida d?utiliser pour la conception de pistolets qui, de par leur aspect, entraient inévitablement dans la catégorie des dénommés « Colt ». Le premier modèle de ce pistolet, fabriqué par la maison Star, fut celui de calibre 6,35, qui servit de base à la fabrication d?autres modèles se différenciant par la taille et le calibre.

La carcasse ressemble à celle du premier modèle Colt 1911, alors que la glissière à demi ouverte rappelle la Beretta italienne. Ce pistolet fut fabriqué jusqu?en 1929 dans les calibres 6,35 mm, 7,65 mm et 9 mm.

Le plus connu et le plus utilisé fut le dénommé « Sindicalista » pour avoir été utilisé par les anarchistes syndicalistes à Barcelone et à Saragosse. De calibre 7,65 mm, il était officiellement connu sous le nom de « Star », modèle « Policia ». Tous ont une forme similaire, la caractéristique qui les distingue du reste étant le levier de désarmement situé sous le rail de la glissière, à l?avant.

Modelo Sindicalista

Certains membres des organisations anarchistes rapportent dans leurs propres biographies que sa petite taille permettait de le porter accroché à l?intérieur de la jambe du pantalon, avec une corde enroulée à la ceinture. Pour l?utiliser, on y accédait à travers un trou pratiqué dans la poche qui servait à son tour à cacher l?arme lors des fouilles menées par la police.